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Cultures numériques

Cours de Bachelor 1

Mème : une blague aux allures de coup de gueule ?

J’ai trouvé une image sur internet ; c’est un arbre - tout simple, quelques coups de crayon m’auraient suffi à le redessiner (mais bon, faut croire que le DIY c’est pas fait pour moi). Quelques phrases tantôt bateaux, tantôt presque profondes (ou impertinentes ?) collées en grosses lettres blanches contours noir sur mon arbre et voilà, le tour est joué : J’ai fait un mème.
Alors, avec ce simple photomontage bricolé en 5 minutes sur un logiciel gratuit, probablement codé en moins de temps encore, est-ce que je m’adonne à un plaisir simple de création potache sans prétention, sans ambition et sans portée, ou je participe à quelque chose d’(au moins) un peu plus grand ?

Faire un mème c’est débile ; c’est ce qu’on dit tous. Tout le monde sait en faire - besoin ni de formation, ni de compétence particulière à vrai dire, seulement d’un vieux pc et d’à peine un peu d’imagination ; Tout le monde sait en faire. Bien c’est vrai, tout le monde sait faire un mème, et c’est tant mieux ! Voilà donc une réponse satisfaisante à l’aspect éphémère de modiques fichiers jpeg postés sur le net. Parce que dans le fond qu’est-ce qu’un mème ? Un espace de partage, de création, ou les deux, puis surtout un terrible outil de véhiculation d’idées - quelles qu’elles soient - dont tout un chacun peut se saisir.

J’ai fait un mème. Puis j’en ai fait un autres, et un autre... J’ai fini par me constituer un gros dossier de mèmes. Il sont sûrement pas très bon - n’ont pas l’air si drôles -, peut-être un peu marrants, ou géniaux qui sait ? Tout cela dépend fort bien de qui les jugera. Ils ont presque tous la même tronche d’ailleurs - pas vraiment envie de me prendre la tête sur le coup : un arbre planté seul au milieu d’une prairie verdoyante sous un ciel bleu immaculé, ce dernier grimé par quelques inscriptions comprenant de temps à autres une faute d’orthographe un peu maladroite. Un paysage idyllique en somme, sur lequel on aurait accroché quelques slogans dignes d’une bande de supporters de foot bourrés ou encore d’une banderole de syndic’ tout aussi footeux. Pourquoi un arbre ? Pourquoi cet arbre ? Et ce ciel ? Si cela porte un message, peut-être une connotation biblique, est-ce que cela parle de la solitude ou encore, par quelques détours habiles, du petit prince ? Non. C’est un arbre, et lui, il n’a rien à dire.

J’ai fait pris cet arbre tout bête puis j’ai mis sur l’image - par-ci par-là - des phrases en caractères grossiers qui gravitaient dans ma tête. J’ai upload mes mèmes tout fraîchement pondus sur le site indiqué, et mes petits arbres se sont retrouvés collés sur cette galerie numérique, entourés de toutes ces images produites dans le même temps par d’autres étudiants présents au workshop - exposés aux yeux de tous, en outre.

C’est seulement une fois mis en ligne sur la plateforme que ces mèmes plus que basiques ont commencé à devenir intéressants. Une poignée de minutes s’est écoulée avant que je voie apparaître de nouveaux mèmes, des semblables aux miens - ou presque - affublés de nouvelles phrases, de nouveaux slogans, de nouvelles ambitions, voire redessinés ; une version dérivée de mon arbre - plutôt de cet arbre, puisque dès lors il avait été réapproprié par d’autres que moi. La deuxième génération de l’arbre solitaire - ou encore du lonely tree, au choix - était née (d’elle même).

En quelques instants cet arbre - même moins que ça, cette image d’arbre - était devenu tributaire de plusieurs personnes différentes qui, sans doute, ne s’étaient pas concertés, ne pensaient probablement pas de façon identique. Il était devenu - comme d’autres, comme la majorité des mèmes produits durant cet exercice - un objet libre appartenant à tous ; c’est à dire qu’il pouvait être (ou devenait) dès lors un étendard sur lequel quiconque avait le droit de dire ce qui lui importait.
Une blague, un troll, un mème alarmiste, un présentoir d’idéaux politiques,... Bien sûr, il n’eu pas la vie de ces "famous mèmes" qui décorent et prolifèrent sur vos murs facebook, mais il connu tout de même quelques déclinaisons amusantes : ...

Only god can judge ton dessin

ou les mêmes arbres, mais pas exactement...

Tous ces mèmes, issus d’autres cerveaux que le mien, ont, pour certains, fini par passer du numérique à l’analogique, d’autres sont le mélange d’un de mes mêmes originaux avec celui de quelqu’un d’autre, quelques uns ne sont plus que les vestiges de mots écrits

Par Groupe mème pas mal, 7 janvier 2019