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Cultures numériques

Cours de Bachelor 1

Natifs numériques et immigrants numériques

Noé Sabard

Durant la première session du workshop, nous avons testé The Recognition Machine ; grâce à un système de reconnaissance faciale opérant à travers une caméra, l’algorithme de reconnaissance essaye d’établir un profil à travers plusieurs critères que sont , le genre (homme, femme, peut-être d’autres ?), l’humeur (joyeux, triste, neutre, peut-être d’autres ?) et l’âge (enfant, jeune, vieux, peut-être d’autres ?). Ensuite, la machine expose à travers une synthèse vocale son analyse ("Young sad man" par exemple). Puis sur une bande papier similaire à celle des tickets de caisses sont imprimées, les unes à la suite des autres, les différentes analyses ainsi établies. Il semble qu’à travers ce dispositif Antje et Michael aient fait une tentative de nous confronter à la violence du colonialisme européen - en référence à l’archivage et la collection de photographies d’ethnies, dans un but de classification, qui ont été effectué dans le passé colonial - il est intéressant de voir que de nombreux étudiants aient perçu comme quelque chose d’amusant (dans le domaine du jeu, de par l’interaction) sans ressentir le malaise qu’est susceptible de nous faire ressentir ce système de reconnaissance.

Antje et Michael nous ont ensuite proposé de sélectionner, parmis les photographies collectées par Antje, un portrait (dans le sens où Antje a recadré les photographies au format portrait grâce à sa caméra 16mm). Il s’agissait ensuite, durant la semaine séparant les deux sessions, d’effectuer des recherches quant à cette photographie. Celle que j’ai sélectionné s’est trouvé être celle d’un membre de la tribu des Aïnous, la plupart des informations que j’ai trouvé au sujet de cette population ont été trouvées sur la page Wikipédia. Au premier abord, cette demande de la part d’Antje et Michael m’a semblé problématique. Le fait d’avoir à choisir parmi une banque d’images pré-établies par les soins d’une autre personne soit un noir, un amérindien, un océanien, un asiatique, etc... (tout sauf un blanc) a fait en moi écho à l’idée que je peux me faire d’un marchand d’esclaves proposant ses "produits" et donc nous ses "clients". Je me suis douté que ce n’était pas là l’idée d’Antje et Michael quand ils nous ont proposés de faire cette recherche, ou bien c’était prémédité pour nous faire ressentir ce malaise (partagé avec d’autres étudiants), et pas dirigé vers une forme d’acquisition de l’image d’un individu d’une autre ethnie.
Ce cap mental une fois passé, j’ai donc commencé mes recherches à propos des Aïnous et ai appris beaucoup de choses à leur sujet, et aussi à travers ça, sur l’histoire du Japon. Je ne sais toujours pas quoi penser de la demande qui nous a été faite à ce moment.

N’ayant put participer à la deuxième session du workshop, mais m’étant informé quant à la suite des événements, on m’a indiqué qu’il fallait développer une recherche reliant aspect numérique avec des problématiques liées au colonialisme.

En opérant quelques recherches je suis tombé sur un homme du nom de Marc Prensky qui est l’inventeur d’une notion d’immigrants numériques et de natifs numériques. Au début des années 2000 (il fait paraître cet article en 2001) il fait le constat d’un fossé qui s’est creusé entre les élèves et les professeurs (lui même est professeur). En se demandant d’où est apparu ce fossé, il se rend compte que celui-ci s’est formé au moment où les générations d’étudiants pour lesquelles il professe sont les premières à avoir grandi avec les outils informatiques entre les mains. Cette scission donne naissance à deux termes, natifs numériques : ceux qui ont grandit avec les outils numériques ; et les immigrants numériques : ceux qui ne sont nés avant que ce soit possible, et qui doivent donc s’adapter à ces nouveaux outils. Pour lui le natif numérique a un système de pensée et de mise en relation de concepts tout à fait différents des immigrants numériques, des capacités d’attention et de concentration atrophiées au profit d’autres capacités tel un système de pensée en arborescence.
Cette idée de perte de capacités aux profits d’autres me semble intéressante à rapprocher à une forme de transhumanisme, qui est toujours projetée dans l’avenir alors qu’on peut ici voir cette idée comme un transhumanisme inhérent à la "pédagogie numérique", celle qui n’est pas explicite, la manière dont l’écran et notre rapport à celui-ci nous modèle en conséquence.

Par Guest, 10 janvier 2019